keyserling

Encore un petit livre doux amer, comme je les affectionne en ce moment. J'ai découvert (et acheté) ce court roman (102 pages) d'Eduard von Keyserling, lors de ma visite à l'exposition Emil Nolde au Grand Palais en décembre dernier. J'avoue que je connais mal la littérature allemande, mis à part Brecht, Schlink ou Thomas Mann. 
Eduard Von Keyserling (1855-1918) est, d'après Wikipédia mon ami quand on sèche, l'écrivain  le plus représentatif de l'impressionnisme allemand.
C'est vrai que son écriture est terriblement sensuelle. Il s'attarde beaucoup dans ses descriptions, sur les sensations que ressentent les personnages en contemplant le paysage.

" Le feuillage était parcouru d'un murmure continu pareil à un chuchotement. De froides gouttes de pluie tombaient sur le banc. A la cime d'un arbre, une chouette endormie s'agita et battit bruyamment des ailes. De très loin, du pré obscur parvint une voix, un appel ou un chant solitaire. Pour Karl Erdmann, ces bruits ne semblaient pas venir du dehors mais appartenir à son propre corps, comme le flux de son sang, comme les pulsations des bras qui l'enlaçaient, comme les lèvres vivantes qui se pressaient contre les siennes. Autour de lui l'immense et vaste obscurité, avec ses plaintes et ses appels, n'exprimait plus que ses propres sentiments."

 Le lieutenant Karl Erdmann von Wallbaum rentre au château familial pour les vacances. Il sait qu'il va y retrouver ses parents, ainsi que des amis et proches venus passer l'été avec eux. Plus particulièrement une amie de sa mère, Daniela von Barnow qui met tous les hommes à ses pieds. Karl Erdmann en est amoureux, lui aussi, et compte bien se faire aimer d'elle. Pendant ce séjour il lui faudra également régler un problème sans importance, un duel organisé un peu avant son départ....

L'atmosphère feutrée du récit rappelle celle des pièces de Tchékhov. Le temps s'étire lentement, les personnages principaux sont des nobles, l'ennui et la bienséance se mêle. Les hommes et les femmes se frôlent, s'attirent et se repoussent sans qu'un mot plus haut que l'autre soit prononcé. On sent la nostalgie d'une époque révolue, où la grande préoccupation était de savoir comment on allait passer la journée : chasse au gibier d'eau , cueillir les poires du jardin, rêvasser dans la serre ?
La fin, tragique, semble presque une incongruité dans ce lieu si tranquille.

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