Mon premier Wilkie Collins, lu dans le cadre du Challenge Wilkie Collins

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et qui compte aussi pour le Challenge English Classics

Wilkie Collins est né à Londres en 1824, ami de Dickens, dépendant du laudanum (opium) qu'il utilisait pour soulager sa goutte, il avait parfois des crises de paranoïa. Il mourut en 1889 et est enterré à Londres. Il est considéré comme le précurseur du roman à suspense.

L'Hôtel hanté est justement un roman de ce type. L'action se passe en partie à Londres, en partie à Venise où se situe ce fameux hôtel. Wilkie Collins propose (et oppose) deux portraits de femmes, qui sont les héroïnes de l'histoire : la comtesse Narona, présentée comme intrigante et que chacun déteste car elle a "volé" à Agnès Lockwood (la deuxième héroïne de l'histoire) son fiancé Lord Montbarry. 
Agnès est résignée et accepte même de recommander à son "ex" le mari d'une de ses anciennes femmes de chambre, pour lui servir de courrier lorsqu'il part à Venise en voyage de noces.

Le couple, accompagné du frère de la comtesse, s'installe à Venise dans une grande maison sinistre, où le courrier va disparaître sans laisser rien d'autre qu'une lettre pour sa veuve et mille livres. Lord Montbarry va y attraper une bronchite et en mourir en quelques jours. 
Henry Montbarry, le frère du Lord décédé, aura beau douter que cette mort soit naturelle, aucun élément de l'enquête menée par les assureurs, avant de payer une pension à la veuve, ne prouvera un quelconque assassinat.

Quelques mois plus tard, le palais où ont séjourné le Lord et son épouse est transformé en hôtel de luxe pour voyageurs. La famille Montbarry doit s'y retrouver pour l'inauguration. Agnès, qui est entrée au service de l'autre frère Montbarry, en tant que préceptrice des enfants, sera aussi du voyage.

Mais la chambre 14 où est mort Lord Montbarry semble hantée et aucun membre de sa famille ne peut y séjourner sans faire d'horribles cauchemars ou se sentir très mal à l'aise. La comtesse Narona, qui se retrouve elle aussi sur place, va fournir à Henry et son frère la clef du mystère, sous forme d'une pièce de théâtre qui raconte ce qui s'est passé autrefois dans ce palais.

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 J'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire. Les personnages féminins sont tous deux très excessifs, chacune à leur manière. Agnès est présentée comme une sainte, qui pardonne, qui est presque éthérée et malgré tout fragile. La comtesse, dès le premier chapitre nous apparait comme folle ou dérangée, ses paroles sont incohérentes, ses pensées et ses actes également. Elle épouse Lord Montbarry, alors qu'elle sait qu'il a rompu ses fiançailles pour elle, et qu'elle a un pressentiment que ce mariage sera malheureux.  Après le décès de son mari, elle continue dans l'étrangeté, se rend chez Agnès pour lui prédire qu'elles se rencontreront à nouveau à Venise et que le mystère sera alors résolu. Elle semble parler et agir sous le coup d'une crise de folie, ou comme poussée par une entité surhumaine. A la fin de l'histoire, elle est totalement perdue et rongée par le remords.

L'originalité du roman est la façon dont l'énigme est résolue (?) La comtesse aurait pu faire une déposition devant des policiers, mais elle préfère écrire une pièce de théâtre, qui bien qu'étant présentée comme "toute entière de [s]on invention" est en fait le récit du drame qui s'est déroulé dans le Palais. Avec toujours la possibilité que certains faits puissent être inventés, ce qui est très ingénieux.

Je n'ai pas toujours aimé le style un peu lourd (mais je n'ai lu qu'une traduction) et les phrases interpellant le lecteur pour lui annoncer ce qui se passera plus tard. Du style "Le premier jour de la semaine suivante, Agnès quitta Londres pour l'Irlande. Comme on le verra plus tard, ce n'était que le commencement d'un voyage plus long". 
Mais j'ai vu chez Titine, qui à lu Pierre de lune, que ce roman était paru d'abord en feuilleton , ce qui expliquait certaines apostrophes au lecteur. Peut-être s'agit-il de la même chose ici ?

Pour conclure je dirais que n'ai pas été forcément séduite, ni enthousiasmé par ce titre, mais que l'histoire et son traitement sont originaux, surtout pour l'époque. Je vais récidiver dans le cours de l'année avec un autre titre que je n'ai pas encore choisi.

hotel hante