dark-side

 

Dans le cadre du Dark Side Challenge, j'ai lu La Dame au linceul  de Bram Stoker, plus connu pour son Dracula. Ce "petit" roman (179 pages alors que Dracula en compte 500 ) se présente lui aussi comme une histoire de vampire, version féminine.

Tout d'abord je dois dire que j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire, du fait de la forme du roman. Avant toute chose l'auteur nous présente un arbre généalogique bien compliqué et qui finalement n'a aucun intérêt pour l'histoire. Il s'agit juste de présenter le héros Rupert Sent Leger, qui va devenir l'héritier d'un château au Pays des Montagnes bleues, petite principauté qui doit se défendre contre les attaques de ses voisins turcs, grecs, autrichiens, italiens et même russes.
Bref sans la situer vraiment, elle est localisée dans les Balkans, avec un accès à la mer Adriatique. Cette information est importante puisque le premier chapitre, qui est un article de journal daté de janvier 1907, nous fait part d'une étrange apparition, observée par des marins : une forme féminine, recouverte d'un suaire, qui flottait dans un cercueil au large des côtes. Apparition donc de notre héroïne, la Dame au linceul.

Une première partie, un peu fastidieuse, nous présente alors la généalogie de Sent Leger et comment il a été amené à hériter de ce château, selon des conditions très strictes. L'histoire devient plus intéressante, lorsqu'on passe au journal de Sent Leger lui même. Il commence par décrire à sa tante, férue d'occultisme et qui doit venir habiter avec lui, sa future demeure. Comme on pourrait s'y attendre, le climat est sombre à souhait : un château gothique, avec des tourelles et des chemins de ronde, gardé par des soldats et surplombant la mer. Sa chambre donne sur un superbe jardin, auquel on accède par une terrasse. C'est par cette terrasse, qu'un soir de pluie, Sent Leger observe une forme blanche se déplacer dans le jardin. Dès qu'il est couché, des petits coups frappés à la porte fenêtre l'éveille et il fait la connaissance de cette fameuse Dame au linceul. 
"Là, sur la terrasse, dans la clarté lunaire maintenant plus intense, se tenait une femme vêtue d'un linceul trempé, qui ruisselait sur le marbre, faisant une flaque qui s'écoulait lentement sur les marches mouillées. Son attitude et sa mise, les circonstances de notre rencontre, me donnèrent aussitôt à penser, même si elle se mouvait et parlait, qu'elle était morte. Elle était jeune et très belle, mais pâle, de la pâleur éteinte et grise des cadavres."

Malgré cet aspect un peu effrayant, Rupert la fait entrer, lui propose une robe de chambre pour la réchauffer et la couche dans son lit sous les couvertures. A l'aube, elle s'enfuit, en lui faisant promettre de garder sa visite secrète. La dame au linceul reviendra, à intervalles irréguliers, visiter Sent Léger. Elle se réchauffe au coin du feu, parle très peu et repart toujours trop vite au goût de Ruppert, qui tombe amoureux d'elle. Il en vient à penser à elle comme un vampire, puisqu'elle respire, parle et n'a accepté de franchir le seuil de sa chambre que sur son invitation. Au cours d'une de ses expéditions aux alentours, pour tâcher de trouver trace de son tombeau, il découvre dans la crypte d'une église abandonnée son cercueil, recouvert d'une plaque de verre et sa belle endormie. La surprise et l'horreur le font fuir. Il y revient cependant quelques jours plus tard et cette fois le tombeau est vide.

Entre temps Sent Leger aide les villageois à s'armer contre leurs oppresseurs étrangers. Un soir la Dame revient et Ruppert lui avoue qu'il a découvert son tombeau, et qu'il ferait n'importe quoi pour arracher sa bien aimée à la mort. La Dame lui propose alors de l'épouser en secret...

Je vais arrêter là le résumé de l'histoire pour ne pas dévoiler la chute, qui donne "l'explication" de l'énigme. On apprendra qui est cette jeune femme, pourquoi elle a été mise ainsi dans un cercueil ouvert. Le récit à ce moment se fondra avec l'histoire du pays des Montagnes Bleues. La fin du roman étant raconté par la Tante de Ruppert.

****

J'ai mis davantage de temps à entrer dans l'histoire qu'à l'achever ensuite. Dès la rencontre entre Ruppert et la Dame, le récit s'accélère, devient plus vivant (si je puis dire) et l'on a envie de connaître la suite des événements. En fait Bram Stoker suit parfaitement la méthode de ce qui fait un récit fantastique : un départ très classique (voire ici ennuyeux ) et tout à coup l'apparition d'un élément étrange, qui perturbe le réel. Cet élément arrivant, après une description un peu sombre du cadre et nous voilà entraînés dans le domaine de l'irréel. En fin de compte, un épilogue qui explique ce côté surnaturel, et nous fait retomber dans le réel. Sans être un chef-d'oeuvre, je dirais que cette Dame au linceul est une curiosité littéraire, pas désagréable à lire en fin de compte.

la-dame-au-linceul-