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Le Professeur  est le premier roman que Charlotte Brontë envoya aux éditeurs, en même temps que ceux de ses soeurs, mais, contrairement aux oeuvres d'Emily et Anne, il fut systématiquement refusé. Ce n'est qu'avec Jane Eyre, bien plus abouti, qu'elle accéda à la notoriété.

Le héros de cette histoire, William Crimsworth, est orphelin comme Jane Eyre. Sa mère était noble, son père marchand. Comme Jane, il est recueilli par ses oncles maternels qui l'envoient faire des études, pendant que son frère aîné suit les traces de leur père et est désavoué par la famille. Une fois ses études achevées, les oncles proposent à William de devenir pasteur et d'épouser une cousine, ce qu'il ne désire pas. Il se fâche donc avec eux et va trouver son frère.

Ce dernier est marié et à la tête d'une petite entreprise qu'il gère en despote. Il accepte d'engager William, mais le traite plus durement que ses autres employés et le sous-paye. William accepte en attendant mieux. Il fait alors la connaissance d'un excentrique, Mr Hunsden, qui le pousse à partir et lui offre une lettre de recommandation pour un ami belge. William se retrouve alors professeur à Bruxelles, dans un pensionnat de jeunes garçons, puis bientôt  il donne également des cours d'anglais dans le pensionnat de jeunes filles contigu.

Les jeunes filles tentent de le séduire, ainsi que la directrice du pensionnat, bien que plus âgée que lui et fiancée au directeur de l'établissement pour garçons. Mais William,  a vite fait de remettre les choses en place et se fait respecter de toutes. Lorsque Frances, par ailleurs professeur de tricot et de broderie, devient son élève, il sent d'étranges sentiments s'éveiller en lui.

 

Il s'agit là, comme on peu le voir, d'un Bildungsroman (roman d'apprentissage) où le héros traverse différentes épreuves avant de vivre une vie tranquille bien méritée. Mais Charlotte Brontë a mis dans l'histoire une grande part d'elle-même et de sa vie à Bruxelles, où elle était élève, puis professeur chez M. et Mme Heger. En lisant le texte, on est choqué de la façon dont les belges sont présentés : balourds, sans esprits, incapables du moindre apprentissage. J'avoue m'être demandée s'il s'agissait de l'opinion de Charlotte Brontë elle-même, ou simplement des paroles qu'elle glissait dans la bouche de son héros.

Il faut dire que William n'est pas un personnage fort sympathique au départ. Il se présente lui même comme laid, comme la plupart des héros de Charlotte Brontë, qui n'était pas jolie non plus... Mais il paraît imbu de lui même, n'éprouve aucune sympathie, ni reconnaissance et a tendance à répondre sèchement à ceux qui lui veulent du bien.

Les français ne sont pas mieux lotis, puisqu'ils sont frivoles, comme le sera Adèle, sa mère et sa nourrice française dans Jane Eyre. Les catholiques sont faux et hypocrites. Il n'y a que les anglais protestants qui trouvent grâce à ses yeux, bien qu'ils n'aient pas été particulièrement bons envers lui.

J'ai été frappée par le nombre de "conseils" donnés par William sur la meilleure façon d'enseigner. On sait que Charlotte Brontë a été, un temps, enseignante elle-même et avait, avec ses soeurs, l'ambition d'ouvrir un pensionnats pour jeunes filles. La chose ne se fera pas, mais on retrouve cette constante dans les oeuvres de Charlotte. William est "le professeur", la jeune Frances est aussi enseignante et rêve d'ouvrir un pensionnat. Jane Eyre est professeur à Lowood, puis gouvernante de la jeune Adèle, enfin elle tient une école pour filles dans le village des Rivers. Il sera aussi question d'un professeur dans Villette.

Ce roman paraîtra à titre posthume, dix ans après avoir été refusé. Entre temps Charlotte aura publié trois autres romans.