Le Portrait de Dorian Gray  est le premier ouvrage que j'ai lu d'Oscar Wilde. J'étais au lycée et il m'avais été prêté par une copine. J'avais adoré cette histoire fantastique d'un homme qui vend son âme en échange d'une éternelle jeunesse. Même si de nombreux éléments de l'histoire diffèrent du mythe de Faust. 

Nous avons ici un jeune homme, dont la beauté et la jeunesse sont les  atouts principaux. Le peintre Basile Hallward peint son portrait et c'est chez lui que Dorian Gray va faire la connaissance de Lord Henry Wotton, un dandy cynique et qui professe des opinions très dérangeantes. Pour lui la beauté et la jeunesse sont les plus grandes qualités d'un homme. Dès lors qu'elles sont fanées la vie n'a plus d'intérêt. Il engage donc le jeune Dorian à profiter de la vie et à n'écouter que ses désirs.

En regardant son portrait si lisse, Dorian prend peur et émet le voeux que le portrait vieillisse à sa place. Même s'il n'y croit pas, son souhait va se réaliser. Et plus Dorian s'enfoncera dans la débauche et le crime, plus le portrait en portera les stygmates, tandis que son visage restera jeune et innocent. Il vivra ainsi de nombreuses années, jusqu'au jour où il se rendra compte de l'état de son âme en voyant son portrait totalement défiguré et hideux, au point qu'il le tient caché dans une pièce fermée à clef. Horrifié il se met à lacérer le tableau, mais tombe mort. Ses domestique le retrouveront, à côté du tableau qui a retrouvé sa forme originale. Il ne reconnaîtront le cadavre effrayant qu'aux bagues qu'il portait....

dorian-gray-1945

 

Le film d'Abert Lewin est plutôt fidèle au roman de Wilde, même si certains personnages ont été ajouté. Le film est tourné en noir et blanc, mais à deux reprises on nous montre le fameux portrait en couleurs. Je trouve que  le noir et blanc va très bien à cette histoire et si l'idée de montrer les deux tableaux en couleur, avant et après sa transformation, est certes originale,  je ne suis pas persuadée qu'elle apporte quelque chose au film. Pour tout dire, si je devais adapter le portrait de Dorian Gray, au cinéma ou au théâtre (supposition fort improbable...) je crois qu'à aucun moment je ne montrerais le portrait, car l'imagination est toujours supérieure à une quelconque image.

Le fait d'avoir choisi deux peintres  totalement différents pour les deux portraits est particulièrement troublant car leur style est tellement opposé qu'on ne reconnait plus rien, même pas le décor... 

d-gray-1 d-gray-2

Par contre j'ai beaucoup apprécié les "clins d’œil" à Wilde disséminés dans le film : Au début Lord Henry lit Les Fleurs du mal, une oeuvre qui a marqué Wilde ; Dorian Gray déclame un poème d'un certain Oscar Wilde ; on aperçoit également chez Dorian Gray un exemplaire de la pièce de théâtre Salomé ouvert sur une page d'illustration...

Lord Henry est cynique à souhait, entraînant Dorian de plus en plus loin dans le mal, en énonçant simplement des paradoxes et aphorismes dont Wilde était friand. Il est l'incarnation même du riche débauché, passant ses journées à lire, à faire des visites et ses soirées à l'opéra ou en société. Dorian se laisse facilement entraîner sur la pente du vice et lorsqu'il découvre l'impunité qu'il a acquise, il va se laisser aller à tous les crimes.

L'acteur qui joue Dorian Gray, Hurd Hatfield, venait du théâtre et n'avait jamais joué au cinéma. A l'époque il avait presque trente ans, et le réalisateur s'arrangeait pour le faire tourner avant 16h lorsque son visage était reposé...

d-gray-hurd-hatfield 

Il existe plusieurs adaptations filmées du roman, dont une nouvelle traduction, non censurée, vient de paraître chez Grasset. Je vais donc relire le roman dans cette nouvelle version et tâcher de visionner d'autres adaptations...