C33-Badinter

  A la suite de ma lecture du Procès d'Oscar Wildej'ai lu le texte de la pièce de théâtre de Robert Badinter sur le même sujet. J'ai beaucoup aimé la vidéo de Robert Badinter qui était présentée lors de l'exposition au Petit Palais cet hiver. Et c'est en faisant quelques recherches à ce sujet, que je suis tombée sur ce petit livre, que j'ai trouvé facilement d'occasion pour quelques euros.

La préface reprend l'histoire du procès fait à Wilde, et insiste sur le fait que l'homosexualité à son époque était pratiquée dans les meilleurs milieux, mais dissimulée. Wilde, bien que marié et père de deux garçons qu'il adorait, n'a pas caché ses amitiés masculines et s'est même affiché régulièrement avec de jeunes garçons à qui il faisait de somptueux cadeaux. Alors que ses amis lui proposaient de fuir en France, où l'homosexualité n'était pas un crime, il a toujours refusé par sens de l'honneur.

La pièce de théâtre reprend en quatre actes l'essentiel de l'histoire. En guise de prologue, l'arrivée d'Oscar Wilde à la prison de Petonville, puis l'exposé des faits, la provocation du marquis de Queeensberry, le procès intenté par Wilde sous l'insistance de Bosie, lord Alfred Douglas. Le procès, pour lequel Robert Badinter utilise les compte-rendus de l'époque. J'ai retrouvé les textes des interrogatoires, tels qu'ils figurent dans l'ouvrage en Librio. 

Après le second procès nous retrouvons Wilde dans des conditions de détention déplorables à Petonville, les quelques visites qu'il reçoit, son épouse et Robert Ross, mais jamais Bosie qui ne fut pas inquiété. Son état de santé  lui permet de changer de prison et de finir sa peine à la geôle de Reading, où l'exécution d'un prisonnier lui inspirera son superbe poème la Ballade de la geôle de Reading

A Reading les conditions de détention sont moins terribles et le nouveau directeur lui permet même d'écrire, une longue lettre qui sera publiée beaucoup plus tard sous le titre de De Profundis. La pièce s'arrête à la sortie de prison de Wilde et l'on projete sur scène l'annonce de sa mort le 1er décembre 1900 à Paris.

 

Par rapport à l'ouvrage sur le Procès d'Oscar Wilde en Librio, lu précédemment, la pièce n'apporte pas d'éléments nouveaux, mais elle permet d'appréhender le personnage de Wilde de façon moins austère que sous la forme du documentaire.

Wilde garde cependant par instant son côté agaçant et imbu de lui-même. Lorsque l'avocat de l'accusation lui demande si à l'instar de ses écrits dans Le Portrait de Dorian Gray, il a jamais adoré un jeune homme, il répond " Je n'ai jamais adoré personne, sauf moi-même." Lorsqu'on lui demande s'il a embrassé un jeune domestique, sa réponse "Certainement pas ! Le pauvre garçon était si laid." choque. Il s'en défend alors : " Si on me demandait pourquoi je n'embrasse pas un battant de porte, je dirai que je n'aime pas les battants de porte..."

Robert Badinter, tout en dénonçant les conditions de son procès et de son emprisonnement a réussi à garder à Wilde son esprit et sa personnalité sans en faire un martyr et en ne cachant pas ses torts.