Le Temps d'après
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Lors du Festival America 2018, j'ai eu l'occasion d'assister à un débat avec Jean Hegland. Elle présentait alors son premier roman Dans la forêt.
L'histoire de Nell et Eva, deux sœurs, survivantes dans une Amérique postapocalyptique. A la fin du roman, totalement désabusées par les hommes, elles décident d'aller vivre dans la forêt et de brûler leur maison, afin d'éviter les pillages et les squatters. Eva était alors enceinte.
Le temps d'après nous raconte la suite de l'histoire, par la bouche de Burl, fils d'Eva, né dans la forêt. Il ne connaît "le monde d'avant" que par les récits de ses deux mères et a parfois du mal à imaginer ce que pouvaient être tous ces objets qui avaient besoin d'électricité pour fonctionner.
Nous les suivons dans leur quotidien au milieu de la forêt, où ils vivent en autarcie. Mais parfois le passé fait irruption dans leur monde. Des "marchands de la côte", qui confortent Nell et Eva dans la nécessité de se cacher, d'autant qu'ils détruisent le verger et maltraitent les animaux. Mais il y a ces feux au loin, qui apparaissent au moment des solstices et Burl espère que ce sont d'autres humains. Des hommes qui, comme dans les récits de ses mères, seraient respectueux et prêts à s'entraider. En tous cas Burl aimerait les approcher et découvrir leur vie.
Comme pour le précédent roman, j'ai mis longtemps à rentrer dans l'histoire, mais ensuite j'ai dévoré les derniers chapitres en quelques heures. J'ai beaucoup aimé la langue utilisée par l'auteure (et bravo à la traductrice Josette Chicheportiche de l'avoir si bien rendue en français !). Le jeune Burl a appris à parler avec ses deux mères et beaucoup de mots ne signifiant plus rien ont été abandonnés. Il a fallu par contre en inventer d'autres pour des situations nouvelles. Ce langage est très inventif, mais reste tout à fait compréhensible.
Ainsi les inhalants (animaux) et les exhalants (les plantes et les arbres) de la forêt, le géniteur de Burl est son spermeur, le lecteur va rencontrer des mots comme transmorpher, vaguebonder, mémorer, valsiller...
Le message de Jean Hegland n'est en aucun cas manichéen. Les survivants ne sont pas tous agressifs ou totalement altruistes. La plupart tentent de survivre dans des conditions extrêmes pour lesquelles ils n'ont pas été préparés. Ce roman nous interroge aussi sur la responsabilité individuelle de chacun d'entre nous. Les générations qui nous suivront seront-elles légitimes d'accuser leurs ancêtres d'avoir détruit la Terre ? Et que penser de ceux qui se préparent égoïstement une vie souterraine dans un bunker rempli de provisions ?
Une lecture indispensable.