anglaise-paris Second ouvrage de Nancy Mitford lu dans le cadre du Challenge Mitford sur le Forum Whoopsy Daisy. Il s'agit d'un recueil de chroniques écrites alors qu'elle s'était installée définitivement en France à partir de 1948, à Paris, puis à Versailles jusqu'à sa mort en 1973.

Il est beaucoup question de son amour pour la France, le Paris élégant des grands couturiers, des intellectuels et la vie idéalisée qu'on y mène. Nancy Mitford a l'air d'être un peu restée coincée au XVII et XVIII ème siècles, à l'époque où il n'y avait que du beau à la cour de Versailles...

Elle aborde cependant des sujets plus actuels avec la remise des prix littéraires, les expositions et pièces de théâtres ; on y croise Gide, Cocteau, Colette, Jean Marais ... Nancy Mitford avait l'habitude de passer l'automne à la campagne, dans une demeure à une heure de Paris en Seine et Marne. Elle nous présente cette vie campagnarde comme idéale, les paysans heureux et prospères, ce qui ressemble beaucoup à la vision d'Amabelle dans Christmas pudding....

De même lorsqu'elle critique les nouvelles constructions qui selon elle défigurent la ville. Ainsi de  Parly 2 , elle écrit : "Selon Bossuet, Versailles, cette ville de nantis, n'avait nullement besoin d'un ennemi  pour être réduite à néant : elle portait en elle les germes de sa propre destruction. Ce n'est que trop vrai. En ce moment, on construit une nouvelle ville de riches baptisée Parly 2, tout à côté du village de poupées de Marie-Antoinette. [...] Je suis certaine que c'est une très mauvaise idée. Personnellement je préfèrerais vivre dans n'importe quel bon vieux taudis plutôt que d'être entassée avec la bourgeoisie à Parly 2."

Sa vision de mai 68 est également vue par le petit bout de la lorgnette. Elle le résume à une opposition entre les jeunes (étudiants) et les vieux (politiques). Lorsque les ouvriers se mettent en grève, elle affirme qu'ils sont contre mais sont obligés de la faire. Elle suit les événements à la télévision et décrit "Cohn-Bandit " comme "un petit anarchiste énergique et bondissant. Il rit bêtement de temps à autre mais ne fait aucune plaisanterie digne de ce nom." Mitterrand est présenté comme le "Taureau de la Nièvre qui, à cinquante-deux ans, n'est pas un perdreau de l'année..."

Bref un texte pas mal daté, malgré ce que voudrait nous faire croire la présentation du traducteur, mais assez représentatif d'une époque et d'un milieu aisé, où la catastrophe serait de ne plus avoir de domestique, car " dans ce cas, je vais mourir de faim étant donné que je ne sais pas cuisiner - qui s'en soucie le moins du monde ? "..

Même si la plupart de ses remarques sont teintées d'humour, je pense qu'elle est néanmoins conditionnée par sa naissance et l'histoire de sa famille, ce qui peut rendre la lecture de certaines pages un peu agaçante ( à moins de les prendre au second degrés)...