fantome_canterville-

En cherchant des oeuvres de Wilde adaptées au cinéma, je suis tombée par hasard sur cette adaptation, signée Yann Samuell. Le film est sorti l'année dernière et j'avoue que je n'en avais absolument pas entendu parler. Au vue de la distribution (Michael Youn, Audrey Fleurot, Michèle Laroque, Lionnel Astier...) je me doutais qu'on était plus dans le domaine de l'humour, que dans celui de la poésie... Attention, j'apprécie certains de ces acteurs, mais je n'attendais  pas  grand chose de ce film....

Je n'ai donc pas été déçue, mais plutôt attristée de la façon dont l'histoire a été adaptée... 

J'avais beaucoup aimé ma lecture du conte original, on y retrouve l'ironie habituelle d'Oscar Wilde dans une histoire, qui peut sembler légère et drôle, mais qui recèle beaucoup de poésie et d'humanité. J'avais ensuite découvert à la bibliothèque une version, adaptée pour la jeunesse en 1962, de Marcel Cravenne, avec Jacques Fabbri, Claude Rich et Maria Pacôme, donc des acteurs plutôt "comiques" là aussi. La série était fidèle, et gardait un côté humoristique léger.

En quelques mots, les Otis, riche famille américaine, ont acheté un château hanté en Angleterre. La famille met un point d'honneur à ignorer ce détail et lorsque le fantôme fera son apparition, loin d'être effrayée, se moquera de lui. Seule Virginia,  jeune fille de quinze ans, aura pitié de cette âme en peine, qu'elle aidera à vaincre sa malédiction...

Ici le récit a été transposé au vingt-et-unième siècle, avec tablette, oreillette bluetooth et langage "djeuns". Le château se trouve en Bretagne et la famille vient de Paris. Le père passe sa vie au téléphone avec son principal client, la mère est très branchée feng shui, méditation et yoga. Virginia, l'aînée, ne rêve que de devenir comédienne et rentrer au Conservatoire ;  les deux jeunes frères, au contraire, sont ravis de jouer dans ce château hanté grandeur nature.

Le fantôme est une femme du dix-huitième siècle, qui a assassiné son fiancé, par "jeu". Elle est accompagnée de son valet, décapité à la Révolution et qui passe une partie du film à perdre la tête (littéralement !). L'idée aurait pu être intéressante, mais les gags sont lourds, convenus, récurrents. Là où Wilde se moquait avec ironie des américains ("de nos jours, nous avons tout en commun avec l’Amérique, hormis, bien entendu, le langage"), la Bretagne est caricaturée de la façon la plus lourde qu'il soit ("Je ne peux pas sortir avec toi, tu n'est ni ma soeur, ni ma cousine" ) avec Fest noz, chouchen et galettes évidemment....

Pour donner un semblant de caution culturelle, deux ou trois aphorismes de Wilde sont parsemés ça et là et tombent un peu comme un cheveu sur la soupe ("les femmes ne sont pas faites pour être comprises, mais pour etre aimées" ). La fin ne correspond pas vraiment au message qu'Oscar Wilde présentait. Je ne suis même pas certaine, que les spectateurs qui ne connaissent pas l'oeuvre originale aient envie de la découvrir. Et là c'est plutôt dommage ... Où comment transformer un texte plein d'humour et de finesse en une lourdeur indigeste !!!