A79436 J'étais très curieuse de lire l'ouvrage que Jean-Pierre Ohl a consacré aux Brontë, après avoir lu Quand j'étais Jane Eyre, Les soeurs Brontë à 20 ans et surtout Le Monde infernal de Branwell Brontë de Daphné Du Maurier.

Cette biographie est très récente puisque parue en janvier dernier. Elle est aussi très complète, ne privilègie pas l'un des enfants Brontë plutôt qu'un autre, mais surtout s'appuie sur de nombreuses citations, dont les références sont toujours indiquées en notes. L'auteur n'oublie pas de citer et d'analyser les deux biographies "historiques" qui font souvent autorité en la matière :

La toute première est celle qu'Elizabeth Gaskell a consacrée à Charlotte Brontë, parue en 1857,  deux ans après la mort de Charlotte. Elizabeth Gaskell a voulu donner une image idéalisée de son amie. Il n'était pas toujours facile de représenter des personnages encore vivants, comme Mrs Robinson, qui a demandé le retrait des passages la concernant, les estimant diffamatoires.

La seconde est celle de Daphné Du Maurier, déjà citée. Plus récente, puisqu'elle est parue en 1960, Daphné Du Maurier ne risquait aucun procès et a pu, sans problème, imaginer certains détails manquants qui n'étaient pas toujours avérés.

L'ouvrage de Jean-Pierre Ohl est beaucoup plus impartial et tente d'élucider des affirmations plus ou moins contradictoires : Branwell a t-il pris part à la rédaction des Hauts de Hurlevent ? Qu'en est-il de son histoire d'amour (réelle ou imaginaire) avec Mrs Robinson ? Branwell a t-il inventé la clause du testament qui lui interdisait de revoir cette dernière après la mort de son époux? 

J'ai apprécié aussi l'analyse des caractères des trois soeurs. Peu souvent abordé le traitement que Charlotte a réservé aux rééditions des ouvrages de ses soeurs. N'hésitant pas à modifier des vers d'Emily et à dénigrer La Recluse de Wildfell Hall ... et même si Charlotte n'a pas détruit les pages d'un second roman d'Emily, comme certains le soupçonnent, elle a voulu "justifier" certaines critiques portées aux premières éditions, avec des excuses pas toujours élégantes ...

Jean-Pierre Ohl conclut son livre de façon très intéressante : l'éternelle question de connaître la vie de l'auteur pour comprendre ou expliquer un roman. Est-ce vaiment nécessaire ? N'est-ce pas justement ce que redoutaient les Brontë lorsqu'elles ont choisi ces pseudonymes ambigüs Acton, Currer et Ellis Bell ?

Je comprends l'engouement que cet ouvrage a suscité lors de sa sortie. Il est très complet, fort bien documenté, accompagné de notes, de repères chronologiques et d'une bibliographie, le tout sans être pesant un seul instant !

Je n'attendrai pas longtemps pour me plonger dans la biographie de Charles Dickens du même auteur...